Et une p'tite lecture pour la route... à suivre !

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Et une p'tite lecture pour la route... à suivre !

Message  Lolo56 le Lun 7 Avr - 21:03

Gratification, piège à con
ou comment l’idéologie libérale du travail s’impose un peu plus dans le social


Rappel
Le 27 février 2008, le gouvernement a instauré une circulaire dans le cadre de la loi sur l’égalité des chances. Cette circulaire qui concerne le monde du social, impose aux établissements relevants du privé recevant des stagiaires sur une période de plus de trois mois, une gratification à hauteur de 398 € à ceux-ci. Une gratification qui concerne les étudiants en formation initiale qui préparent les diplômes d’État de niveau III (éducateurs spécialisés, assistants sociaux, CESF) mais qui ne touche pas les étudiants en formation continue, c’est-à-dire ceux qui touchent les assédics.

À propos
Comme nous l’ont rappelé les sites qualifiants, il est évident que ceux-ci préféreront prendre des stagiaires non soumis à gratification comme les moniteurs éducateurs ou encore les étudiants qui ont un financement assédic. Cette circulaire instaure donc une discrimination réelle entre les étudiants. Quel est donc le sens de l’égalité dans notre pays, si ce n’est pour imposer une pure et simple concurrence entre les individus ? De plus, cette gratification met directement en danger le statut du stagiaire. En effet, aujourd’hui, le travailleur social en formation est en position d’apprenant. Si l’accueil du stagiaire nécessite une gratification, l’intérêt strictement pédagogique du stage pourrait se voir remis en cause, car le but du stagiaire en site qualifiant est d’interroger ou de réinterroger les pratiques des professionnels, une façon de redonner un peu de dynamisme quand il s’essouffle. C’est souvent sur ces modalités que les établissements accueillent des stagiaires. De plus, le stagiaire peut se permettre de jongler entre positions d’observateur, acteur ou encore s’organiser pour travailler un domaine particulier du métier. La grande liberté du stagiaire (quand on la lui donne) qui lui permet de former son identité professionnelle en devenir est remise en cause par cette circulaire, qui verrait son statut évoluer vers un statut de remplaçant (car gratification). Le stagiaire est présent dans les établissements pour apprendre, il est un individu en plus dans l’équipe, il n’est pas là pour pallier à un manque d’effectif. C’est tout ce qui fait la richesse de ce statut de stagiaire. Quel est le sens de cette gratification, si elle ne porte que sur les périodes de stage ? La richesse de la formation est qu’elle s’organise au travers de deux aspects, l’un théorique (sur le pôle de formation), l’autre pratique (sur les sites qualifiants). C’est-à-dire que nous sommes de futurs professionnels qui nous formons par un lien théorie / action, une mise en lien entre l’abstraction et le réel, un «art de faire» que l’on met au service de l’autre. Nos interventions se fixent dans un entre- deux. Pourquoi alors gratifier seulement un aspect de notre formation puisque celui-ci dépend directement du premier. Nous sommes bien ici dans une vision utilitariste et pratique, qui relègue l’aspect intellectuel au rang de vieilleries inutiles. Or, si la philosophie de l’action qui constitue les métiers du social, n’est valorisée que dans sa vision utilitariste, et que si nous acceptons ce principe, nous devenons ainsi cautionnaire de ce que l’on peut appeler l’idéologie libérale du travail, qui banni toutes revendications, tout travail intellectuel en dehors des sentiers balisés de l’intelligentsia. Le travailleur social n’est pas un productiviste, il aménage, réinterroge, dégage ce qui fait sens, des aspects qui ne sont en aucun cas valorisés par cette
circulaire. Ne pas lutter contre cette circulaire et contre cette gratification partielle, c’est accepter un système qui se veut clos sur lui-même, un système unidimensionnel. Or, en tant que futurs travailleurs sociaux, nous sommes au centre des problèmes qui régissent notre société, et ne pas s’engager pour un autre projet, c’est penser que notre engagement se construit uniquement au travers de notre métier. Il ne doit pas être une finalité, il doit être un moteur de changement, qui doit passer par une lutte de tous les jours. Nous ne devons pas être seulement des individus qui posent des pansements sur des fractures ouvertes. Luttons contre le grégarisme ambiant.

Le Berre Sébastien ES1 Lorient

Lolo56

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Re: Et une p'tite lecture pour la route... à suivre !

Message  Alexandre de WAURE le Lun 7 Avr - 22:34

Bonsoir.

Il me semble, qu'en l'état de la situation concernant ce décret, rien n'a vraiment émergé, en terme de possibles, afin d'envisager une digne sortie de crise...
... du reste, il ne me semble pas que les éléments posés dans ce décret ne le permettent concrètement (reprenez-en les termes -notamment la discrimination entre public et privé- afin de constater que la stratégie du "diviser pour mieux régner" y est plutôt bien représentée... Si le Prince que courtisait Machiavel l'avait pris aux mots, il n'aurait guère fait mieux... Ajouter le principe libéral du "laisser faire" -ou déréguler- afin que le Divin Marché -la dernière transcendance en vogue- "veille" sagement à l'ensemble, et il n'est alors plus question de solidarité du tout !)

Ne serait-ce pas judicieux, dans ce contexte de s'adresser aux organisations d'employeurs (privés, je rappelle que l'assiociatif représente une large majorité dans notre secteur), ne serait-ce que pour récolter leurs soucis, ainsi que leurs contre-arguments, et ainsi ouvrir l'échange ?

Pour ma part, je ne vois effectivement pas comment l'application de ce décret pourrait représenter une "avancée", tant il disloque, en ses termes, l'équilibre du système de formation des TS, et tant il ouvre la porte au risque d'une précarisation plus importante et profondément ancrée des statuts en notre secteur (voir http://www.ones-fr.org/spip.php?article64#forum357 )...

Enfin, au risque de me répéter, la manière de ce décret me rappelle à un problème bien connu des TS au sein de leurs missions...
J'en parlais récemment avec une collègue (AS de formation, travaillant en MDS), de cette tendance à répondre à la précarité d'une famille ou d'une personne par la seule aide pécuniaire d'urgence...
Combien de TS s'y sont laissés tenter, souvent "pris" par l'urgence de la situation, pour s'apercevoir ensuite que l'aspect pécunier n'était que la face émergée de la demande qui leur avait été adressé...
Combien de familles ont ainsi cumulées des aides pécuniaires d'urgences, parfois pendant des années, sans que les TS n'aient pris le temps d'entendre autre chose de leur part, et de considérer le coeur de leurs difficultés...

Plus nous serons nous, TS, en situation de précarité, moins nous serons disposés à sortir le nez de notre guidon, et ainsi à pouvoir assumer l'essentiel de nos missions: considérer l'Autre, et l'humanité de l'Autre (soit le considérer notamment au-delà de son seul pouvoir d'achat) afin d'activer une solidarité concrète...
Nous ne sommes pas des robots, et les personnes que nous accueillons ne sont pas des produits à standardiser...

L'enjeu du décret concernant la gratification des stages réside aussi là:
Voulons-nous simplement plus dans nos poches tout de suite (pour ceux qui pourraient y prétendre), au risque de reculer d'un pas (signifiant) de plus quant aux sens des missions qui nous engagent ?
Ce décret impliquant un non-sens majeur, comment prétenderions-nous penser au futur de nos conditions de travail, en responsabilité professionnelle et citoyenne ?

Or, si le travail social est sensé oeuvrer à sa disparition, il ne me semble pas que ce décret, à travers ses termes, puisse participer positivement à cette ouvrage...


Alexandre de WAURE

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